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La création de l'église Saint Alphonse d'Halluin,

 est due à l'initiative personnelle et obstinée de l'abbé Coulon.

La première pierre fut posée le 15 octobre 1895

 et la première messe y fut célébrée le 17 février 1898.

 

L'Abbé Alphonse-Marie Coulon,

le Curé bâtisseur

 de la Paroisse du Mont d'Halluin. 

 

Je ne pouvais pas développer la rubrique des personnalités qui ont marqué la vie halluinoise, sans commenter bien entendu  le récit extraordinaire de l’abbé Alphonse-Marie Coulon (1847 – 1927) qui, en érigeant une église sur ses propres deniers, se conduisit en véritable missionnaire dans la population ouvrière du Mont d’Halluin.

 

Alphonse-Marie Coulon repose au cimetière d’Halluin, dans la sépulture dédiée aux curés d’Halluin.

 

Missionnaire, l’abbé Coulon le fut au sens littéral du terme. Il exerça son sacerdoce hors de son pays, la Belgique, plus précisément comme vicaire à Reckem. 

Attiré par cette France qui tend les bras à ses compatriotes, l’abbé franchissait souvent la frontière comme de nombreux frontaliers et, arpentait les chemins du Mont d’Halluin. Il en avait même compté les maisons : 457 exactement dont 32 inoccupées, plus de 25 fermes et un certain nombre de cabarets. C’est la période de l’explosion démographique du Mont, bourg agricole au début des années 1850, le quartier est devenu ouvrier.

 

C’est lors de promenades, que l’idée est venue à l’abbé d’ériger une église ; étant donné le nombre d’habitants (environ 2400 pour la plupart tisserands et cultivateurs) et l’éloignement d’avec la paroisse du centre Saint-Hilaire. 

A l’époque, les voitures étaient plutôt rares et, pour aller à l’église, il fallait effectuer plusieurs kilomètres. Pas facile donc pour les habitants du Mont de remplir leurs devoirs dominicaux ; dans une fin de siècle, où les enfants travaillent dès l’âge de onze ans et, les journées de travail durent douze heures, chaque jour de la semaine.

 

Pour l’abbé Coulon, il y avait bien là de quoi fonder une paroisse. Il fit part de son projet à Monseigneur Faict, évêque de Bruges dont il dépendait, qui lui donna son accord. 

Dans les années 1880, le Mont compte entre trois et quatre mille âmes et, en 1884, l’abbé sollicite le comte de Pennevières, résidant à Lille ou dans sa demeure du Pas-de-Calais, propriétaire de terres « entre les chemins de Tournay et de Loisel ». Mais sa surface obtenue est insuffisante.

 

Pour autant, il ne perd pas de temps, l’année suivante il convoite une parcelle de terrain et raconte avec humour sa première offensive :

 « Je me rendis chez le propriétaire du terrain. Je me trouvai devant un beau vieillard de 78 ans qui fumait tranquillement sa pipe. Je lui demandai de me vendre une partie de terrain. La réponse fut catégorique : je ne vends rien.

 

Trois semaines se passent, et voilà que j’aperçois sur le bureau du presbytère de Saint-Hilaire, une lettre mortuaire du décès de ce propriétaire. J’allai à son enterrement à Roncq et, à l’issue de la cérémonie, je sollicitai ses héritiers à me vendre le terrain que je désirais.

 

Un mois plus tard, l’un deux est venu me voir dans le but de me vendre une parcelle. J’achetai donc de mes deniers provenant de ma part d’héritage un hectare 34 ares, vaste terrain qui allait me permettre de construire à cet endroit, une église, une école de filles et un presbytère. Bénie soit la Providence ! Et je ne tardai pas à me mettre au travail. »

 

Effectivement, en 1886, il construit un presbytère et crée une école de filles tenue par la congrégation des filles de la Sagesse. Dans l’école fut installée une chapelle provisoire, où l’abbé célèbre les offices… en attendant la construction de l’église.

 

Si beaucoup sont enchantés au Mont, on vit une période de troubles liés aux relations entre l’Eglise et l’Etat républicain. En effet, le préfet du nord, mis au courant, voyait cela d’un très mauvais œil. Il interdit toute célébration du culte dans la nouvelle chapelle, (faute d’autorisation de l’Etat exigée par le concordat de 1801) respectée scrupuleusement le dimanche… mais contournée en semaine !

 

En représailles, l’abbé Coulon, belge, est expulsé de France et se réfugie à Dadizeele, jusqu’à ce que la justice le déclare français par filiation. Le 16 février 1889, en prouvant sa filiation, l’abbé Coulon devient citoyen français et retrouve Halluin.

 

Malheureusement, le nouveau préfet refusait la réouverture de la chapelle. Dès lors, il ne renonce pas ! « En 1891, j’étais toujours dans l’attente d’une solution pour bâtir une église sur le terrain acheté en 1884. Avec les habitants, je fis deux pétitions (auprès du préfet) qui restèrent sans réponse. »

 

Il obtient même l’aval du conseil municipal en février 1893, accord annulé par le préfet le mois suivant. « Je pris alors une grande décision. Par une lettre datée du 9 février 1894, j’offris à la commune une somme de 30 000 F (une richesse à l’époque) pour l’érection d’une église au Mont, et je priai le conseil municipal de voter une subvention de 60 000 F pour cette construction. » 

Le conseil répond positivement, mais la préfecture annule son vote en vertu d’un avis du Conseil d’Etat de 1869. « Alors privé des subsides de la commune, je me décidai à bâtir de mes frais, une modeste église sans clocher ». 

 

En 1894, au bout de cinq ans de bataille et dix ans d’effort, l’abbé Coulon se lance alors lui-même dans la construction, avec les dons reçus et, avec ce qui lui reste de sa fortune personnelle. C’est difficile : ses bien propres sont sérieusement diminués parce que, écrit l’abbé Coulon, en 1887, il a été « mêlé dans une affaire appelée à fournir de gros bénéfices. Des personnes belges que j’avais secondées à cet effet me promirent de me bâtir mon église » ;  et, en 1890, il a découvert qu’il avait été escroqué.

 

En septembre 1895, un architecte de Tourcoing fait le tracé de l’église le long du pavé de Loisel. Après de solides fondations reliées par une chaîne de fer de 2 800 kg, la construction est achevée en deux ans. L’abbé n’a cessé de se démener ; on l’a vu, dans les décombres de démolitions, trier et ramasser de vieilles briques destinées au chantier.

 

Il donne l’église à la commune en 1897. Le décret présidentiel autorisant l’exercice public dans l’église du Mont, signé par le président Félix Faure est promulgué le 31 janvier 1898. 

Mais Saint-Alphonse reste sans clocher, le 17 février 1898 jour de la bénédiction, il manque cette touche finale. Le premier baptême se déroule le 27 février 1898 (naissance de Alfred Samain né le 24 février 1898).

 

Malgré la donation à la ville et bien que « criblé de dettes » , (l’abbé a investi toute la fortune héritée de ses parents, propriétaires fonciers) selon ses propres termes, l’abbé Coulon va le payer ! 

Il se fait mendiant. Il a écrit l’histoire d’Halluin, terminée en 1903 ; il va à pied la vendre à Tourcoing. Il économise sou après sou pour honorer ses dettes et élever ce clocher. Voilà qu’une nuit de Noël, le petit trésor est volé.

 

L’économie lente et difficile recommence ; la sœur de l’abbé lui cède sa part d’héritage. Enfin, en 1910 le clocher apparaît : «  J’avais enfin un clocher de 45 m de haut dont 15 de flèche, surmonté d’une croix et d’un coq, visible de tout le hameau. »

 

Pour autant, l’abbé Coulon ne s’arrête pas là. Après avoir ramassé lui-même de vieilles briques qu’il trouvait dans des décombres, pour ériger l’église du Mont, il projeta la construction d’une église dédiée à Notre-Dame-des-Fièvres, pour le hameau du Colbras. 

Entre-temps, la guerre freina ses projets et, les ans commençant à se faire sentir, il fut assisté dans son sacerdose ; l’abbé devra abandonner son ministère en 1922.

 

Alphonse-Marie Coulon décède dans le plus grand dénuement le 28 décembre 1927 au Mont d’Halluin, à l’âge de 81 ans. Sa maison lui aura tout pris : son argent et sa santé.

A la mort de l’abbé Coulon, on distribua des morceaux de sa soutane à ses paroissiens. Beaucoup voyaient en lui un saint homme. On lui attribuait même des guérisons.

 

Pour la petite histoire, si l’abbé Coulon fut évidemment le premier curé de la paroisse de Saint-Alphonse, il n’a connu que 6 successeurs. Sur cent ans, c’est peu. Deux explications à cela ; depuis 1990, la paroisse ne compte plus de prêtre attitré mais aussi la longévité de l’abbé Vanmallaghem, curé durant 24 ans. Depuis 16 ans, ce sont des laïcs qui assurent l’animation pastorale. Les prêtres de Notre-Dame de la Lys se relaient pour les offices.

 

Les curés de Saint Alphonse et les dates d'activités paroissiales :

 Alphonse-Marie Coulon (1898-1919), Ignace Liefooghe (1919-1922), Joseph Capelle (1922-1931), Jules Denecker (1931-1937), Louis Vanmalleghem (1937-1961), Joseph Blomme (1961-1968),  et le dernier René Wante (1978-1990) .

 

Assurément, si cet halluinois fut un curé hors du commun, il ne faut pas omettre de parler de l’abbé Coulon comme un historiographe accompli. 

En effet, il ne manquait pas de sortir, tous les deux ans, un nouveau livre sur l’histoire de la région ou des biographies.

 

En 1891, il écrit son œuvre la plus considérable, L’Histoire de Mouscron en deux volumes. 

Mais il est également l’auteur de L’Histoire de Roncq en 1902 et surtout de L’Histoire d’Halluin en 1903

 

Ce fouilleur d’archives tellement curieux a même passé la nuit enfermé dans une salle d’archives, ayant oublié l’heure de fermeture. 

A Reckem, à Mouscron, au Mont d’Halluin qu’il a parcouru en tous sens, une rue porte son nom.

 

Le livre « HISTOIRE DE HALLUIN » d’après les documents authentiques par l’Abbé Alphonse-Marie COULON a été réédité en 1976 (Reproduction intégrale de l’œuvre originale de 1904. Diffusion : Syndicat d’initiative d’Halluin.) Cet ouvrage compte 184 pages.

 

On peut lire notamment ceci,

 dans la PREFACE de Alphonse-Marie COULON :

 

Le nom de la ville d’Halluin apparaît pour la première fois dans l’histoire dans le célèbre diplôme par lequel le comte de Flandre Baudouin V en 1066 assigne une dotation à la collégiale de Saint-Pierre de Lille. 

Halluin devint un bourg important : le commerce florissant de la draperie lui procura une ère de prospérité et de splendeur ; malheureusement les guerres du seizième siècle anéantirent cette brillante industrie.

 

Diverses calamités vinrent affliger alors les habitants d’Halluin ; elles avaient leur cause dans le voisinage de la ville fortifiée de Menin, tantôt attaquée, tantôt occupée par des troupes ennemies. 

Nous avons recherché et examiné avec soin les archives qui pouvaient nous apporter des renseignements sur le passé d’Halluin. 

Il y a d’abord les archives conservées à l’hôtel-de-ville. Elles contiennent principalement des comptes de l’église, de la table  des pauvres et de la commune.

 

Une grande partie des comptes de la seigneurie repose aux archives de l’Etat à Gand, et quelques-uns à celles du royaume à Bruxelles.

Des documents de différente nature se trouvent dans les archives départementales de Lille et quelques-uns dans celles de la ville de Lille. Ceux qui concernent la seigneurie de Péruwez sont dans les archives des hospices de Lille.

 

D’autres documents de caractère religieux, se trouvent, les uns, dans le fonds de l’ancienne abbaye de Saint-Vaast à Arras aux archives départementales à Arras, les autres dans celui de l’ancien évêché de Tournai aux archives de l’Etat à Mons.

 

Nous avons divisé cette monographie en quatre parties : la première contient tout ce qui a un rapport civil ; la seconde comprend ce qui a un caractère religieux ; la troisième relate les faits et les évènements, et la quatrième reproduit les noms des seigneurs, des curés, etc. Nous avons orné cette monographie de quatre planches :

 

1° Le plan d’Halluin fait par Jacques de Deventer entre les années 1558 et 1575…

2° Le plan d’Halluin en 1590…

3° Le plan d’Halluin gravé à côté de celui de Menin dans l’ouvrage de Sanderus, intitulé Flandria illustrata et imprimé en 1644.

4° La carte d’Halluin avant le démembrement de 1779…

 

Nous n’avons épargné aucune fatigue, aucun labeur, aucune recherche pour rendre l’histoire d’Halluin aussi complète et aussi intéressante que possible.

Nous espérons que les habitants d’Halluin accueilleront avec faveur cette histoire de leur localité, qu’ils goûteront un véritable plaisir à la lire et qu’ils se feront un titre de gloire à marcher sur les traces de leurs ancêtres.

Oui, puissent les habitants d’Halluin conserver toujours intacte la foi de leurs pères et produire des fruits abondants de piété et de charité. Halluin, 8 décembre 1903.

30/10/2010.

Commentaire : Daniel Delafosse