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Le Drapeau des Déportés au Monument aux Morts, rue de Lille, Halluin - Avril 2017.

(DD 29488  n° P1430905)

 

Les rayures bleues et blanches rappellent le « costume »  porté dans les camps,

 tandis que le triangle rouge comme le sang, dessiné en son centresymbolise celui en métal rouge

que portaient sur la poitrine les résistants déportés, avec  le numéro de chacun d'eux. 

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  Ce 15 Février 1995, Pierre Desmedt

 raconte : "Pour que personne n'oublie..." 

(Photo DD 12106  n° Img 980)

 

Devoir de Mémoire...

"Journée nationale du souvenir

 des victimes et héros de la déportation" : 

En avril 1954, une loi a été votée à l'unanimité par le Parlement

pour faire du dernier dimanche d'avril un rendez-vous avec le devoir de mémoire. 

Voilà donc 58 ans (en cette année 2012)

que cette journée est organisée en hommage à ceux qui ont vécu l'enfer.

Une journée aussi pour donner la parole aux derniers rescapés et aux témoins.

 

Pierre Desmedt (1914 - 2005)...

Dernier Résistant Halluinois Déporté (1/2).

 

Dernier résistant halluinois à avoir connu l'horreur et la barbarie de la Déportation,

Pierre Desmedt s'est éteint le vendredi 15 juillet 2005 à Tourcoing (Nord), il avait 91 ans.

 

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Pierre Desmedt au Monument aux Morts d'Halluin, en 1999.

(Photo NE DD 12110  n° Img 982)

 

Pour beaucoup, il laissera l'empreinte indélébile des poignants témoignages qu'il tenait tant à partager. Comme cette conversation, enregistrée le 15 février 1995, dans laquelle il se confie à l'halluinois Daniel Delafosse passionné d'histoire locale, ou en 2004 à l'occasion de l'exposition halluinoise "Passage de mémoire". Ceci afin que le souvenir d'une des plus effroyables tragédies de l'histoire contemporaine se perpétue au travers des générations. Car comme le disait un écrivain allemand : "Ceux qui veulent oublier leur passé sont condamnés à le revivre".

  

Voici donc relatés par Daniel Delafosse, quelques faits de la Déportation, parmi les plus marquants,

du parcours incroyable vécu par Pierre Desmedt, matricule de déporté 73.359,

qui fut aussi celui de millions d'autres individus.

 

Pierre (je l'appelle par son prénom, car il y tenait) est né à Boubecque (Nord) le 11 février 1914 ; au moment  de passer le cap des 90 ans... il répétait souvent : Je ne suis pas à plaindre, il paraît qu'un an de camp correspond à quinze ans de vie normale. Faites le calcul...". 

Au moment de l'invasion allemande, il est dans les Ardennes, dans les troupes du génie. Il tentera de ralentir l'avance allemande en faisant sauter des ponts où s'entassaient blindés allemands... et réfugiés. "En juin 1940, je n'avais jamais entendu parler de De Gaulle, mais je ne pouvais accepter la défaite. C'est pourquoi je me suis évadé dès que j'ai pu, à pied, aidé par des paysans qui m'ont caché".

 

Alors Pierre parcourt plusieurs centaines de kilomètres sur des semelles usées jusqu'à la corde, récupérant les habits d'un épouvantail à moineaux pour troquer son équipement militaire, marchant de 4 h du matin à 9 h du soir, franchissant la frontière de la zone libre sans le savoir... Il arrive à Toulouse et ne peut aller plus loin "car je n'avais pas d'argent pour aller au Portugal et m'embarquer pour l'Angleterre". Il trouve alors un emploi (comme civil) dans l'armée et, très vite, Pierre s'engage dans les Forces Françaises Libres. Il devient éclaireur lors des atterrissages d'avions alliés.

 

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  Cartes du Combattant et de Déporté de l'Halluinois Pierre Desmedt.

(Photo DD 12113  n° Img 983)

 

En 1942, près d'Agen, au cours d'une mission de parachutage d'armes et de munitions, il est de nouveau arrêté, après dénonciation, par la police nationale. Jugé par un tribunal militaire français, il est condamné sur sentence de Vichy à cinq ans de travaux forcés. Débute alors la valse des prisons, soit sept au total, de Nice à Toulouse où il se souvient encore des myriades de poux qui l'ont assailli. A chaque fois, il bâtit des plans pour s'évader !

En juin 1944, lors de son séjour au pénitencier d'Eysse, mille détenus organisent un projet d'évasion qui échouera après quelques combats meurtriers. Cette action déclenche la colère du gouvernement de Vichy, qui demande au Grand Reich de prendre en charge les prisonniers ; ceux-ci sont conduits à Compiègne, à raison de cent personnes par wagon à bestiaux, restant sans boire ni manger pendant plusieurs jours... "Mais de toutes façons, quand on a soif, on ne peut plus manger". 

 

Après une semaine passée à Compiègne, tous les prisonniers remontent dans les wagons, avec pour toute nourriture un pain et un saucisson, "qu'aujourd'hui on jetterait à la poubelle", direction l'Allemagne. Ce voyage de trois jours et trois nuits, debout, se termine "au camp de la mort" à Dachau. Jorge Semprun ancien écrivain et membre de l'Académie française évoquait dans son livre "le grand voyage", cette première étape abominable à laquelle nombreux sont ceux qui n'ont pas survécu.

Sous le régime nazi on répertoria quelques neuf cents camps de concentration. Le camp central de Dachau, ouvert en mars 1933, a vu passer en douze ans 206.200 détenus. Dès 1940, il y avait un four crématoire. Après quinze jours passés dans le plus ancien camp de concentration hitlérien, Pierre est transféré au milieu des marécages,  au camp de Allach, spécialement réservé aux terroristes, où il restera un an.

Allach... n'est pas une commune et semble ne l'avoir jamais été. C'est un quartier, un lieu-dit de la banlieu nord-ouest de Munich, troisième ville en importance du IIIe Reich. Le camp d'Allach était un camp extérieur (le plus important) du camp central de Dachau ; c'est pour cela que tous les détenus d'Allach ont été à Dachau plus ou moins longtemps. Dans ce camp il y avait cinq enceintes différentes : un camp de travailleurs étrangers libres (S.T.O. français), un camp disciplinaire pour les S.S. punis, un camp de prisonniers de guerre français, et un autre de prisonniers soviétiques, plus un "camp de concentration" créé au début de 1943. Sur la grille d'entrée, il était inscrit "le travail c'est la liberté".

Aujourd'hui, il est impossible de trouver le moindre indice ou plus petit signe permettant de supposer qu'un kommando de forçats avait existé de 1943 à 1945 ; le plan du camp d'Allach est exposé au Musée de la Libération aux Invalides.

 

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    Allach... aucune différence avec l'horreur du Camp d'Auschwitz - Pologne (ci-dessus).

(Photo Mairie DD 12111  n° Img 988)

 

Allach n'est pas un camp d'extermination comme Auschtwitz,

c'est un camp de travail forcé. Mais quelle différence ?

Comme le dit l'officier SS qui accueille Pierre : "Tu entres ici et tu sortiras par là",

en montrant la sinistre cheminée du crématorium. 

 

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Cheminée du Camp d'Auschwitz.

(Photo Mairie DD 12112  n° Img 990)

 

A cette époque, les Allemands, coincés à l'est par les Russes et à l'ouest par les Alliés, sont très amers

et cela explique en partie les atrocités qu'évoque Pierre Desmedt notre déporté halluinois, dans la suite de ce récit.

 

Confronté en permanence à la mort, la peur et la souffrance, Pierre se rappelle des coups de manche de pioche qu'il recevait tous les jours, et les conditions inhumaines dans lesqueles il vivait :du lever à 4 h, au travail jusqu'à 19 h, par tous les temps, avec un simple pull, son pyjama (costume rayé des prisonniers), des chiffons et des planches aux pieds. Quant à la nourriture, un peu de soupe d'orties, de pain à base de paille et de sciure de bois, jusqu'à la fouille des poubelles. Les prisonniers étaient battus en permanence et lorsque d'autres débarquaient, les soldats leur enlevaient les dents en or par un coup de poing.

 

En hiver, il se retrouve tout nu dans une baraque en bois, par moins trente degrés ; avec une vingtaine de camarades, ils ont chanté et dansé jusqu'au petit matin, pour éviter de s'endormir et mourir sur la terre gelée. Du côté des femmes, la cruauté était aussi omniprésente, les soldats claquaient les nouveau-nés sur le mur et en présence de la mère ! Et Pierre de préciser : "On voyait aussi des charniers et des wagons remplis de cadavres, que l'on destinait à la fosse commune ou aux fours crématoires, et une fois, dans l'un d'entre eux, un bras s'est levé !".

 

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  Pierre Desmedt cite des moments terribles... qui le hantent encore la nuit.

(Photo VdN DD 12114  n° Img 985)

 

Le 29 Avril 1945,  le camp de Allach est libéré par les Américains, le même jour, Hitler s'est suicidé. Lors de cette libération, les Américains ont fait défiler, tous nus, les prisonniers pour vérifier si des SS n'étaient pas cachés parmi eux, sachant que chaque Waffen SS portait un tatouage. Les détenus sont dans un état de maigreur invraisemblable, à l'image de Pierre qui pèse 48 kg contre 72 avant sa détention.

 

Dans les documents trouvés dans les bureaux des nazis, il était stipulé sur ordre d'Himmler, "aucun déporté ne devait tomber vivant dans les mains des Alliés". D'ailleurs un tunnel était prévu pour que tous les détenus soient exterminés aux gaz de combat. Mais les bourreaux n'ont pas le temps de terminer leur horrible besogne ; 48 h avant l'arrivée des soldats US, les Allemands se sont enfuis, pendant la nuit, de peur des représailles.

 

Malgré tant d'inhumanité, Pierre garde le souvenir inoubliable de la formidable solidarité instaurée

par ce groupe d'amis composé d'un Hollandais, d'un Belge... et d'un Allemand résistant.

 

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Henri-France Delafosse décore Pierre Desmedt,

de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.

(Photo VdN DD 12115  n° Img 986)

 

Le 11 novembre 1961,

lors d'une cérémonie émouvante, salle du Manège à Halluin,

Pierre Desmedt recevait des mains de Henri-France Delafosse,

président d'honneur de l'UNC d'Halluin,

les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur.

 

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(Photo X DD 12021  n° Img 927)

 

A peine le récit achevé, notre résistant halluinois revient sur des faits marquants, et des propos entrecoupés de silences et de sanglots. Parce qu'on oublie pas des moments comme ceux-là. Ecoutons-le, égrener d'autres souvenirs, pour la mémoire tout simplement. 

 

"A Dachau, il y avait 34 nationalités parlant 60 langues. La grammaire en a pris quelques coups au cul, mais on s'est compris".

"Si j'avais 40 A llemands avec moi, je ferais le travail que vous faites à 4000" s'exprimait un général allemand à Munich quand les déportés dégageaient les décombres dus aux bombardements. "Oui mais nous, nous n'avons pas été invités" lui a répondu Pierre.

"On n'a que le bonheur que l'on donne... Quand on est dans la m...., une telle idée mijote et prend toute sa valeur".

"Jai bouffé dans les poubelles de l'herbe, des fruits de sureau...".

« J’ai vu une locomotive, sous l’effet des bombes alliées, s’envoler et atterrir au troisième étage d’un immeuble ».

«J’ai vu 1400 forteresses volantes (bombardiers lourds américains) arriver sur Munich. J’étais en dessous… et sans abri ».

« Sous l’effet des bombes incendiaires, les rails des voies de chemin de fer coulaient en liquide… ».

« Nous ne pouvions plus fumer depuis des années et ce train de cigares a été bombardé. Quand je pense à la douce odeur de tabac qui se dégageait des carcasses de wagons… ».

« Je venais de m’évader du camp de prisonniers de guerre en France. J’arrive dans un village et on me conduit au maire… il avait un chapeau de paille sur la tête. « On a vu les Allemands hier » me dit-il. « Il n’y a pas de problèmes ce sont des gens charmants. Je vous emmène à la Kommandature et vous serez accueillis à bras ouverts ». 

 

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 Pierre Desmedt fait Officier de la Légion d'Honneur,

sous les yeux de son frère Albert.

(Photo NE DD 12116  n° Img 981)

 

Plusieurs années après avoir reçu les insignes de Chevalier,

l'Halluinois Pierre Desmedt était élevé

au grade d'Officier dans l'Ordre de la Légion d'Honneur. 

 

la suite... cliquez ci-dessous :

Déportation - Halluin (Pierre Desmedt Dernier Résistant Halluinois Déporté - 2/2).

 

Voir aussi... cliquez ci-dessous :

Déportation (Camps d'Auschwitz et Birkenaü : Historique 1939 - 1945).

Déportation - Halluin (Nouveau Drapeau des Déportés - 1994).

Déportation - Halluin (Deux témoignages : Pierre Desmedt et Alphonse Robach en 1995) 

Déportation - Halluin (Pierre Desmedt Décès 1914 - 2005). 

Déportation - Halluin (Square Pierre Desmedt et aux Déportés Halluinois : Inaugurations  en 2004 et 2007).

Déportation - Halluin (Stèle Aimé Desseaux).

Déportation - Halluin (Henri Dequeker Chevalier de la Légion d'Honneur - 1978). 

Déportation - Halluin (Emile Persyn Militant Communiste Résistant Déporté 1920 - 1979).

Déportation - Halluin (50ème Anniversaire de la Libération des Camps de Concentration - 1995). 

Déportation - Halluin (Visite organisée par la Ville à Auschwitz - 30 Mai 2003).

Résistance 39-45 et rues halluinoises (Allée Pierre Hachin : Historique 1912 - 2004... Allée Pierre Brossolette et rue Rol-Tanguy).

Déportation - Halluin (50ème Anniversaire de la Journée Nationale de la Déportation 1954 - 2004).

Mémorial des Victimes de la Libération et de la Déportation (Cimetière Halluin - 2012).

Déportation (70 ans de la rafle du Vel d'Hiv. 1942 - 2012).

Déportation - Halluin (60ème Anniversaire de la Journée Nationale de la Déportation 1954 - 2014).

Déportation (Camp d 'Auschwitz : Libération 70ème Anniversaire 27 Janvier 1945 - 2015).

Elie Wiesel - Décès Juillet 2016 (Prix Nobel de la Paix en 1986). 

Collège du Sacré-Coeur - Rachel Hausfater 2017 ("Yankov"... Buchenwald). 

 

Commentaires sur Facebook : 

Patrick Kopa Respect comme tant d'autres . Devoir de mémoire. ??. Merci pour ce partage.

Didier van der Zyppe Pierre ..... un Homme Bien .... un Homme extraordinaire, bonte charisme C’etait toujours une grande découverte de la Vie que de te rencontrer et de te parler

Monique Vandamme Respect Pierre..un grand homme . On ne peut oublier ta gentillesse. humble . C'était un plaisir de t'entendre discuter . Ton passé nous a appris bien des choses 

Annick-ghislain Berland Le souvenir de Pierre... et sa phrase fétiche...
« Comment cela va aujourd’hui ? », il répondait invariablement...
« Mieux, cela ne serait pas supportable ! » 
Voilà une phrase qu’il disait toujours et... venant de sa bouche cela avait une sacrée signification !!!
À méditer et surtout à reprendre!!!

Didier van Elslande merci a toute ces personne comme monsieur pierre desmet

 

23/4/2012 - 30/4/2017 - 28/5/2019

Commentaire  et Photos :  Presse - Daniel Delafosse