:

 

 P1430893

Le Drapeau des Déportés au Monument aux Morts d'Halluin (centre) - Avril 2017.

 (DD 29487  n° P1430893)

 

img998

  Le Camp de Birkenaü (appelé aussi Auschwitz 2) a été construit

quelques années plus tard pour "désengorger" Auschwitz.

(Photo Mairie DD 12126  n° Img 998)

 

Après ce retour en arrière  éprouvant de la vie du déporté halluinois Pierre Desmedt (voir 1/2), celui-ci s’est prêté  volontiers à des questions plus personnelles posées par Daniel Delafosse. Cette entrevue, à la demande  de l’ancien déporté, fut enregistrée le 15 février 1995... Ecoutons-le égrener d'autres souvenirs, pour la mémoire tout simplement :   

 

Pierre Desmedt (1914 - 2005)...

Dernier Résistant Halluinois Déporté (2/2).  

 

img097

 Pierre Desmedt devant la réplique du Monument aux Morts (Centre Ville),

et du 1er Drapeau UNC Halluin de 1920... ce 11 Novembre 1998.

(Photo DD 12136  n° Img 097) 

 

Que mangiez-vous, lors de votre déportation au camp d’Allach ?

P.D. : « Au lever de 4 h, nous avions 1 l de café pour dix personnes. A 10 h pain avec probablement  de la farine mais aussi de la paille et du bois, plus une rondelle de saucisson. Puis à 12 h, 1 l de soupe composée de feuilles d’ortie ou de betterave et parfois rutabaga. Le soir, à 19 h 30, nous partagions 1 l de thé et une boule de pain de 800 g pour dix personnes. Ce menu était complété en faisant le reste des poubelles, soit écorce d’arbres et herbe ! ».

A quel genre de punition assistiez-vous ?

P.D. : « Quand on déplaisait simplement à un officier SS, la punition consistait à recevoir 50 coups de nerf de bœuf sur les fesses squelettiques, puis on jetait le prisonnier par la fenêtre ».

 

Dans un livre consacré uniquement au camp d’Allach, voici quelques punitions infligées aux détenus : Gros poids tenus à bout de bras et accroupi, marcher pieds nus dans les gravats, à plat ventre, le détenu devait se soulever à la force des bras. Pour un motif plus grave, la prison une cellule réduite au minimum, debout dans l’impossibilité de faire un mouvement, il fallait faire ses excréments sous soi.

Il y avait la punition collective dite « la pelote » debout, couché, accroupi en avant, en arrière au pas de course, tout le kommando était concerné ; La discipline était féroce et celui qui avait le malheur de ne pas s’y conformer était sévèrement puni : il prenait coups de poing, de pied 15 ou 25 assenés avec un manche de pioche sur le dos et les fesses, cette dernière punition entraînant parfois la mort ; les victimes s’évanouissant toujours avant le 20e coup.

Lors des pendaisons on obligeait les prisonniers à défiler devant les potences où se balançaient les corps suppliciés. Lors de la dysenterie (Malades) quelques astucieux écrasaient du charbon extrait de bois calciné et avalaient cela en guise de pansement de l’appareil digestif.

 

Comment teniez-vous physiquement  et moralement ?

P.D. : « En ce qui me concerne, ce qui m’a tenu, ce sont mes convictions religieuses. Je me suis accroché à cela, comme un noyé se raccroche à une branche, et c’est cela qui m’a sauvé. Si on ne se raccrochait pas à quelque chose, on ne survivait pas ; j’étais catholique pratiquant, d’autres étaient communistes… il fallait une foi pour ne pas disparaître. Mais le corps ne suffit pas, et le moral de l’individu représente 99 % de la survie ». (sans oublier son sens de l’humour qu’il fera partager à ses codétenus, à une solidarité entre prisonniers et … à la chance !).

S’il avait fallu, auriez-vous tué ?

P.D. : « Je ne sais pas, mais ce qui est certain, c’est que l’on aurait été tué pour rien ».

Combien de fois avez-vous frôlé la mort ?

P.D. : « En vérité, je ne sais pas non plus, mais certainement des centaines de fois. J’étais dans une cave à Munich et j’ai été pris d’un malaise, terrassé par la fatigue. Incapable de rester debout, un officier SS s’approche de moi et sort son pistolet en le pointant. J’ai été sauvé in-extrémis par l’alarme qui signale un bombardement, le militaire ayant rengainé son arme pour courir se mettre à l’abri ».

A votre avis, d’où vient la haine d’Hitler pour les juifs ?

P.D. : « Hitler qui se prétendait artiste-peintre a hanté souvent les quartiers riches de Vienne parce qu’il était Autrichien ; ces quartiers étaient surtout occupés par les Juifs, qui l’ont souvent rejeté, d’où sa haine pour les Juifs ; celle-ci s’est poursuivie de plus en plus, jusqu’à la naissance du régime nazi, où elle s’est amplifiée dans toute son horreur ».

Vous-même, avez-vous su dominer votre haine ?

P.D. : « Je n’ai jamais haï personne, même dans les moments les plus durs. Je me souviens d’une réflexion d’un soldat allemand qui me toucha fortement, lors d’une opération du pied sans anesthésie ; le chirurgien français me demanda surtout de ne pas bouger, ni crier. Il aiguisa son bistouri sur la pierre et, l’intervention terminée, il effectua le pansement avec des feuilles intermédiaires de sac de ciment ! Le soldat SS de surveillance eut alors ces mots : « Il y a quand même des Français courageux ». Finalement, je fus transporté à l’infirmerie, étant curable, le contraire aurait été la chambre à gaz ».

 

img144

Des détenus dans un état de maigreur invraisemblable !

 (Photo X DD 12156  n° Img 144) 

 

Lors de votre déportation, y a-t-il eu un moment plus « fort » que d’autres ?

P.D.  : « Oui, le jour du 14 juillet 1944 dans un wagon à bestiaux qui nous ramenait de Munich vers les camps, on a « gueulé la Marseillaise » et le chant a été repris dans tout le train ; ce fût alors un énorme déchaînement ». (A ce moment de l’entretien, les sanglots de Pierre Desmedt furent entrecoupés d’un silence...).

Quel souvenir reste-t-il de l’évacuation du camp d’Allach le 30 avril 1945 ?

P.D. : « Lors de la libération par les Américains, il y avait 15000 prisonniers, alors que le camp ne comptait que 5000 places, si bien que, faute d’électricité, les fosses débordaient de partout. On assista à la messe, les pieds dans la m.... !  Cette libération par les soldats américains fut un moment fantastique et, ceux-ci étaient d’une gentillesse au-dessus de tout. Ce qui restera de cette année passée à Allach, c’est avant tout l’immense solidarité, car personne ne pouvait s’en sortir seul. Tout homme a une part de charité en lui, c’est ce qui nous a permis de nous entraider, c’était phénoménal ! ». 

 img140

 La libération du Camp de Mauthausen en 1945... sur la banderole, on peut lire :

"Les Espagnols antifascistes saluent les forces libératrices".

(Photo X DD 12151 n° Img 140)  

Le mot « pardon » a-t-il un sens pour vous ?

P.D. « Je pardonne à tout le monde, mais je n’oublie rien et n’oublierai jamais. Tous les jours je prie pour tous ceux qui, dans la vie, m’ont fait ne serait-ce qu’un sourire, mais aussi  pour tous ceux qui m’ont fait des « vacheries », en espérant que de l’autre côté Dieu aura pitié d’eux. Les seules personnes pour qui je n’ai pas de compassion sont celles qui portèrent des décorations dites commémoratives pour leur « résistance » effectuée après la guerre ».

Par quelle pensée résumeriez-vous le grand livre de votre vie ?

P.D. : « Il vaut mieux avoir une vie bien remplie qu’une vie vide ». N’ayant aucun regret d’avoir tout risqué et sacrifié, la vie, la liberté, la santé. Tous les matins, je continue à me regarder dans la glace et je me rase, car je ne voudrais pas avoir devant moi une figure dont j’aurais à rougir, le reste, je m’en fous ! »

 

Sur la carte de Déporté Résistant de Pierre Desmedt il est indiqué : Interné du 9 décembre 1941 au 16 juin 1944. Déporté du 17 juin 1944 au 31 mai 1945.

Rappelons que les hauts faits de Pierre Desmedt lui valurent la médaille d’Officier de la Légion d’honneur à titre militaire, la médaille Militaire, celle des Internés et Déportés, la médaille de la Résistance ainsi que les Croix de Guerre avec palmes et du Combattant volontaire. 

 

img984

 Le 11 Novembre 2000, Pierre Desmedt et Alexandre Faidherbe Maire

déposent une gerbe au Monument aux Morts, rue de Lille Halluin.

(Photo 12117  n° Img 984)  

 

Daniel Delafosse conclut ce grand livre halluinois de la mémoire au « Non à l’oubli ! » par cette réflexion : « Nous ne citerons jamais assez ces chiffres qui rappellent toute l’horreur du nazisme 11 millions de morts dans les camps, sur 210.000 Français déportés, 40.000 à peine en sortiront vivants, mais dans quel état ! car hélas, au début de ce troisième millénaire, tous les peuples ne sont pas libres et certains sont actuellement, victimes des dictatures, du terrorisme et des camps de concentration ». 

 img119

  Camp de concentration.

(Photo X DD 12143  n° Img 119) 

 

img051

En 2003, le Drapeau des Déportés (à gauche) au Square du Train de Loos :

Monument aux Morts d'Halluin (Centre).

(Photo DD 12127  n° Img 051)  

 

Quant aux plus jeunes qui remarqueront au monument aux Morts, d'Halluin, rue de Lille, le drapeau des déportés du train de Loos et qui ne connaissent pas sa signification (ce train de triste mémoire emporta le 1er septembre 1944, 1350 personnes vers un voyage sans retour et seules 130 ont survécu), la symbolique du drapeau se décompose ainsi :

les rayures bleues et blanches rappellent le « costume » porté dans les camps, tandis que le triangle rouge comme le sang, dessiné en son centre, symbolise celui en métal rouge que portaient sur la poitrine les résistants déportés, avec le numéro de chacun d'eux.  

 img159

MM. Pierre Desmedt ancien Déporté, et Alexandre Faidherbe Maire,

de part et d'autre du nouveau Drapeau des Déportés,

en Mairie d'Halluin, le Jeudi 26 Avril 1990.

(Photo NE DD 12158  n° Img 159) 

 

Avant :  Déportation - Halluin (Pierre Desmedt Dernier Résistant Halluinois Déporté - 1/2). 

 

A voir aussi...  cliquez ci-dessous :

Déportation - Halluin (Deux témoignages : Pierre Desmedt et Alphonse Robach en 1995)

Déportation - Halluin (Pierre Desmedt 1914 - 2005).

Déportation - Halluin (Square Pierre Desmedt et aux Déportés Halluinois : Inaugurations  en 2004 et 2007).

 

25/4/2012 - 30/4/2017 - 30/4/2019

Commentaire et Photos : Documents divers - Daniel Delafosse