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(Pour agrandir, cliquez sur le titre principal ci-dessus). 

Le Drapeau des Déportés au Square du "Train de Loos",

Monument aux Morts, rue de Lille Halluin. 

(Photo DD 20854  n° P1040247) 

 

La libération du Camp de Mauthausen (Autriche) en 1945, par les Américains,

où était déporté le résistant halluinois Emile Persyn.

(Photo X DD 12151  n° Img 140)

 

 

Emile Persyn (1920 - 1979).

(Photo DD 20856  n° P1180563)  

 

Emile Persyn Militant Communiste

Résistant et Déporté (1920 - 1979).

 

Récit du Journal "La Voix du Nord" du 8 Novembre 1989.  

 

 Ancien Déporté à Dachau, M. Pierre Desmedt remet la Médaille

de la Déportation, à titre posthume, à Mme Blanche Persyn. 

(Photo Mairie DD 20861  n° Img 487)

 

Intense émotion, dimanche 5 novembre 1989, dans les salons de l’Hôtel de ville où M. Pierre Desmedt ancien déporté, officier de la Légion d’Honneur, remettait à Mme Blanche Persyn la médaille des déportés à titre posthume, pour son mari, militant communiste et résistant Emile Persyn. 

S’adressant à l’assistance composée de la famille, de nombreux amis de M. Emile Persyn, des membres du conseil municipal, des membres des sociétés patriotiques, des porte-drapeau, le maire conseiller général M. Alexandre Faidherbe qui a ouvert les portes de la mairie « la maison commune, celle de chaque Halluinois » à la sollicitation de l’Union locale des anciens combattants et de la section locale de l’A.R.A.C., dit combien est justifié l’hommage rendu ce jour à M. Emile Persyn :

« Toute sa vie durant homme de caractère et homme de conviction… il doit rester pour nous un modèle dont Halluin peut-être fier ».  

 

A ce propos et faisant suite à une proposition de Mme Vanoverberghe, conseillère municipale communiste, M. Faidherbe souscrit volontiers au vœu que soit dénommé  Emile Persyn, le foyer des anciens de la rue Gabriel Péri, après acceptation du conseil municipal.

 

 

Au 18 Novembre 1989... Le Foyer des Anciens, rue Gabriel Péri, 

porte désormais le nom de Emile Persyn.

(Photo Mairie DD 20860  n° Img 486)

 

« La disparition de M. Emile Persyn fait que la médaille sera aujourd’hui remise à Mme Blanche Persyn, son épouse. Ce n’est que justice si l’on prend en compte les années d’angoisse, de sacrifices,de renoncement, qu’elle dût vivre afin de rendre espoir et de soutenir un mari physiquement brisé. 

Au travers de mon propos, c’est l’ensemble de la population halluinoise qui lui rend hommage et l’assure de son estime et de son respect » conclut le maire. 

 

Il revint à M. Alfred Simono, président d’honneur de l’A.R.A.C., de rappeler la mémoire de ce militant communiste, franc-tireur et partisan, officier de liaison et de renseignements pour la région Nord/Pas-de-Calais/Somme.

 

 

4ème Debout en partant de la gauche :

Le Footballeur Emile Persyn en 1939

avec André Nollet, André Vandamme, Michel Mathys,

Paul Deneweth, Pascal Lagrange etc...

(Photo n° 39) 

  

Né en juillet 1920, Emile Persyn entrait aux Francs-Tireurs en mars 1941. Il avait 21 ans quand il fut arrêté le 24 octobre 1941, interné à Loos, Douai, Poissy, Blois, avant d’être livré aux Allemands par la police française en 1944, et de Compiègne dirigé dans des wagons à bestiaux sur le camp de Mauthausen en Autriche :  

 

« Sa volonté de vivre, sa solide constitution (les gens de mon âge se souviennent d’Emile Persyn footballeur), lui permettent de tenir jusqu’à la libération par la Croix-Rouge, fin avril 1945.

Le cauchemar est terminé si l’on peut dire, son état de délabrement le fait admettre à l’hôpital de la Fraternité à Roubaix, mais il ne retrouvera jamais plus son ancienne vigueur.

Titulaire de la Croix de guerre avec citation à l’ordre du régiment le 25 avril 1947, Emile Persyn était membre de l’A.R.A.C. et de l’U.F.A.C. ». 

 

 Au centre de la photo : MM. Pierre Desmedt, Alfred Simono, le Maire d'Halluin

Alexandre Faidherbe et Mme Emile Persyn tenant le coussin - 5 Novembre 1989.

(Photo VdN DD 20858  n° Img 484)

  

 Emu comme tous l’étaient, M. Pierre Desmedt agrafa alors sur le coussin que tenait Mme Blanche Persyn, cette médaille des déportés remise à titre posthume.

Le chant des partisans filtra dans la salle, ajoutant encore à la solennité et l’émotion du moment. 

  

Ecoute : http://www.youtube.com/watch?v=Ww7GLI5FS5g  :  

 

Monument aux Morts, rue de Lille Halluin - Juin 2012.

(Photo DD 20862  n° P1050215) 

 

Sensible au courage, à la modestie, à l’esprit du devoir de patriote

 

Directeur de l’école Jacques Brel à Roncq, enfant d’Halluin et fils d’une famille d’ouvriers qui entrèrent tout de suite dans la résistance, M. Johnny Mittenaere dont le père Marcel, ses oncles et son parrain Robert Mittenaere furent les compagnons de lutte d’Emile Persyn, se fit l’interprète de Mme Blanche Persyn.

Lui-même ancien combattant au titre de l’Afrique du Nord, il lutte pour que la troisième génération de feu, celle des Djebels, soit la dernière, mais qu’on n’oublie pas le sacrifice des uns et des autres, avec ou sans uniforme à l’exemple d’Emile Persyn :

« Qui furent ainsi les instigateurs et les artisans de la libération de notre pays, il y a de cela 45 ans » . 

Le propos de M. Mittenaere se voulut la transcription des profonds sentiments de Mme Blanche Persyn, sensible au courage et à la modestie, à l’esprit du devoir de patriote, au souci de partage avec tous les compagnons de son mari, et en premier lieu M. Albert Verhellen qui fit équipe avec lui de 1940 à 1941.

Ce fut alors l’histoire d’Emile Persyn qui fit surface. Une histoire qui met en lumière le courage et les mérites de cet Halluinois trop tôt disparu, mais aussi l’action d’un résistant de la première heure.

L’évocation des faits qui vont suivre, vous permettra de mieux comprendre le profond engagement d’Emile Persyn dans la lutte antifasciste.

 

L’Avant-garde

 

En 1940, sous la direction de Gustave Casier qui allait devenir maire d’Halluin à la Libération, Emile Persyn et Albert Verhellen récupèrent une machine à écrire, une ronéo, et un important stock de papier.

Cette imprimerie clandestine fut installée d’abord impasse du Mamelon vert au domicile de Marcel Verfaillie. Puis, pour plus de sécurité, au Colbras, chez Cyrille Lagaé.

Le transfert du matériel fut fait sur une brouette par Marcel Verfaillie et Emile ; On frémit déjà là au danger encouru. Et s’ils s’étaient faits prendre ?

De cette modeste imprimerie sortirent des milliers de tracts anti-hitlériens sous le titre de l’Avant-garde, et qui seront diffusés dans tout ce coin du Ferrain qu’on appelle généralement Tourcoing/vallée de la Lys ;

Albert et Emile s’engageront dès sa création dans l’O.S. (organisation spéciale) chargée de créer des difficultés à l’armée d’occupation, O.S. qui deviendra peu de temps après les F.T.P.F. (Francs tireurs et partisans français), véritable ossature militaire de la région.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1941 ? Emile et Albert iront accrocher des drapeaux tricolores sur les becs de gaz de tout le quartier Est d’Halluin. Geste plus que symbolique, car les couleurs nationales  fleuriront, malgré l’interdiction, dans les foyers ouvriers le lendemain, et seront la démonstration du patriotisme le plus ardent.

C’est dans la nuit du 24 octobre 1941 que va se forger le destin d’Emile Persyn.

 

Dénoncé par la police française

 

Emile et Albert sont en possession de tracts bien imprimés reproduisant l’appel au peuple de France signé de Maurice Thorez et Jacques Duclos.

Déjà dans leur Avant-garde, ils ont reproduit des passages de cet appel. Cette fois-ci ils l’ont dans son intégralité. Ils décident d’aller le lancer dans les rues des quartiers de la Rouge Porte, de la Pannerie.

Mission accomplie avant le lever du jour, à vélo… On tremble à l’idée que s’ils avaient été surpris, ils étaient passibles de la peine de mort selon la loi allemande en vigueur dans la « zone interdite ».

Ils se quittent rue d’Arcole, aujourd’hui rue Lucien Sampaix. Emile remonte la rue de la Pannerie, et en débouchant rue Edouard Vaillant, aujourd’hui rue Gabriel Péri, il est aperçu par un policier français qui se rend à son travail. Il n’a plus de tracts sur lui, heureusement.

Mais la police française fera le rapprochement. Emile Persyn  sera dénoncé, pris par la police française qui le livrera aux Allemands…

 

Forger l’esprit de résistance

 

On mesurera précise alors M. Mittenaere, le rôle néfaste joué par le gouvernement de Vichy qui mettait au service de l’occupant allemand toutes les institutions de l’Etat, l’importance et la haute valeur du message qu’Albert et Emile ont lancé dans les rues d’Halluin.

Avec l’appel du 18 juin 40 lancé par la radio de Londres, celui du 10 juillet 40 diffusé courageusement sur le sol même de la patrie a contribués fortement à forger l’esprit de résistance des Français. Voici le début de ce message :

« Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves. La France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prête à toute les besognes. Ce ne sont pas des généraux battus, ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France ? C’est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale… ».

 

Cet appel sera entendu des masses profondes de notre peuple, tant il est vrai, comme le notait l’écrivain catholique François Mauriac que « seule la classe ouvrière dans sa masse est restée fidèle à la patrie profanée ». 

 

« Ami, si tu tombes »

  

Emile Persyn « tombé comme on disait, emprisonné puis déporté en Allemagne, d’autres se lèveront et prendront sa place au combat :

« Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre, à ta place », dit le chant des partisans. Et la première à prendre sa place, ce sera Blanche Persyn, précisément, qui ne s’est pas laissée abattre par cette épreuve terrible, qui a continué à cacher du matériel, à cacher des réfractaires au travail obligatoire, à encourager tous les actes de sabotage de l’appareil ennemi.

 

 

Mme Blanche Persyn née Hoedt (1920 - 2000)

(Photo DD 20856  n° P1180563) 

  

Pour conclure, M. Mittenaere exprima trois préoccupations essentielles : le recueil des témoignages de cette époque, avant que ceux qui en furent les témoins ne soient tous disparus, de voir la cérémonie d’aujourd’hui comme un hommage rendu avant tout à un résistant déporté politique, que le combat pour l’Indépendance de la France, pour la paix dans le monde, pour la liberté, la justice et le progrès social continue.

« Certes de nouvelles solidarités se font jour, en Europe particulièrement la réconciliation franco-allemande, l’amitié entre les peuples sont des données encourageantes. Il existe même une union européenne des anciens combattants « Mais le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » comme disait Bertold Brecht.

Les manifestations de haine et de violence raciste, de xénophobie, d’intolérance religieuse, de soumission de la femme, se multiplient dans notre pays et nous atteignent dans notre dignité.

Les nostalgique du IIIe Reich relèvent la tête et remportent même des succès électoraux en Allemagne de l’Ouest sous la fausse étiquette de « républicains ». Ils rêvent de reconquérir les frontières de l’Allemagne de 1938 et mettent en cause tous les accords passés avec les Etats qui ont permis dans notre commune maison Europe de vivre en paix pendant 45 ans.

Sous leur pression et au plus haut niveau, on envisage la déstabilisation de l’Europe. La vigilance s’impose à tous. C’est bien donc ton combat qui continue, Emile. Et tu restes à nos côtés. Car comme le dit Victor Hugo :

 

« Les mort sont des vivants mêlés à nos combats ».   

 

Les fours crématoires de Mauthausen.

Pour ce camp de concentration, d'Août 1938 à Mai 1945,

l'estimation se situe entre 123.000 et 320.000 morts.

(Photo X DD 20863  n° Img 488)

  

Emile Persyn, solide gaillard avant de « tomber »,

ne pesait plus que 40 kilos à son retour à Halluin en 1945.  

 

Ce 5 Novembre 1989, après la cérémonie officielle en Mairie,

Alexandre Faidherbe Maire d'Halluin dépose une gerbe

 sur la tombe de M. Emile Persyn, au cimetière de la ville.

(Photo VdN DD 20859  n° Img 485)

 

Le déporté de Mauthausen, Conseiller Municipal d’Halluin de 1947 à 1953, nous a quittés le 30 janvier 1979 à l’âge de 58 ans. Le 3 février 1979 ses funérailles se sont déroulées à Halluin et l’inhumation au cimetière de la ville. 

 

L’une des dernières photos le représentant fut prise lors du jubilé Victor Vandekerckhove (Baratte) en 1970. Nous le trouvions entre ses deux camarades de la formidable équipe de l’U.S.H de 1940, « Baratte » et Pierre Verholle... ci-dessous.

 

(Photo VdN DD 20857  n° Img 483)  

 

A droite : Ancienne Salle "Emile Persyn" rue Gabriel Péri... où sont installées, depuis 2013,

les archives de l'Association "A la recherche du passé d'Halluin" - 2 Mai 2014.

(Photo DD 20865  n° P1180567) 

 

Inaugurée en septembre 2012, la nouvelle salle Municipale "Emile Persyn"

se trouve à quelques mètres de l'ancienne et à côté de l'Ecole de Musique d'Halluin - 2 Mai 2014.

(Photo DD 20864  n° P1180566) 

 

Voir Lien : inauguration de la nouvelle salle Emile Persyn - septembre 2012.

 http://www.alarecherchedupasse-halluin.net/index.php?option=com_content&view=article&id=7432:salle-municipale-emile-persyn-inauguration-en-septembre-2012&catid=124:batiments-divers&Itemid=208&lang=fr#comment-1664

 

2/5/2014.

Commentaire et Photos : La Voix du Nord - Daniel Delafosse