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industrie du Bois

05375

Les Médaillés des Ets  Vanackère, Menuiserie, en  1955.        
   (photo n° 05375) 
 
La Chaiserie Vanackère-Glorieux...
Historique.
 
M. Aimé Vanackère, qui est entrepreneur de charpente et meuiserie, complète son activité en se lançant dans la fabrication des chaises.
 
A la mort de sa femme survenue le 21 janvier 1908, il cède l'entreprise à ses trois fils Aimé, Albert et Gaston qui poursuivent uniquement la chaiserie.
 
L'entreprise occupe une quarantaine d'ouvriers, scieurs, coupeurs, assembleurs, vernisseurs, plus de 60 rempailleuses et canneuses qui travaillent à domicile.
 
La fabrique est édifiée à l'emplacement de maisons basses démolies au 5, rue de la Procession (actuelle rue Pasteur). Il y a même à cet endroit une chapelle dédiée à la Vierge qui est aussi détruite et remplacée par une statue installée dans une niche sur la façade d'une maison voisine.
 
Les modèles sont communs aux autres chaiseries d'Halluin. La conception de modèles très variés subit suivant la demande, de légères modifications dans la courbe d'un dossier, des pieds plus ou moins arrondis, des croisillons en plus. Chaque modèle a un nom suivant son style : Henri II, Henri IV, à pieds Louis XV, à chapeau rond, turc, gendarme, à volute, etc... La liste est longue.
 
On fabrique aussi des prie-Dieu pour les églises et chapelles, des fauteuils, des berceaux, tels les jolis modèles qui étaient autrefois si romantiques lorsqu'ils étaient garnis de voilages, de rubans et de dentelles. Ils servaient souvent à plusieurs générations.
 
La Chaiserie Vanackère, bien qu'elle surmonte la crise des années 30, cesse son activité en 1942.
 
A son emplacement, en 2011, on trouve un cabinet de radiologie.
 
5/4/2011.
Commentaire : Daniel Delafosse
 

02731

Les ébénistes de l'entreprise Desimpelaere.
Couché sous la table : M. Daniel Desimpelaere. 
 
Société Desimpelaere... Historique.
 
Daniel Desimpelaere et Henri Vandeneynde, ouvriers des Ets Maurice Marecauw sont repris lors de la cession de leur entreprise par les Ets Sivanyon.
 
Ils projettent de s'installer à leur compte et commencent à fabriquer tout en continuant leur emploi. Mais leur projet étant dévoilé, ils sont licenciés. Dès lors ils s'installent dans un atelier rue Palestro, le 1er Janvier 1937.
 
L'entreprise;, spécialisée dans la fabrication de chambres à coucher en chêne massif verni, se développe malgré la période de guerre. En 1945, ils s'installent chemin de Neuville dans une partie de l'ensemble dit "Le Caoutchouc".
 
Des divergences surgissent entre les associés : ils se partagent matériel, personnel et les locaux. Le 1er Janvier 1948, naissent deux entreprises : celle d'Henri Vandeneynde et celle de Daniel Desimpelaere.
 
Société Daniel Desimpelaere
 
Créée le 1er Janvier 1948 à la suite de la dissolution de la Société Desimpelaere et Vandeneynde, elle occupe les locaux loués au "Caoutchouc" à M. Winckels.
 
Deux périodes marquent la vie de l'entreprise : Tout d'abord de 1948 à 1967 : les modèles ne font référence à aucin style, ils évoluent avec la demande. Fabriqués en bois massif à l'origine, ils évolueront vers des modèles faits d'éléments préfabriqués plaqués, au fur et à mesure de la disparition des sculptures, moulures ou cannelures.
 
A partir de 1967, l'entreprise revient à ses fabrications d'origine : le meuble en bois massif, et se lance dans la fabrication de salles à manger et chambres à coucher de style "Régence". Mais cette reconversion est longue et difficile. 
 
La situation financière de l'entreprise se détériore ce qui amène M. Desimpelaere à licencier puis à céder son entreprise le 30 Novembre 1975.
 
Pendant  la période florissante, des représentants multicartes placent la production chez des marchands de meubles dans le Nord, le Pas-de-Calais, dans l'Est et en Bretagne. Deux camions de l'entreprise assurent les livraisons.
 
Mais en 1967, avec l'évolution de la production vers le style "Régence", la clientèle redevient régionale.
 
L'effectif moyen fut d'une trentaine de personnes, mais seules 6 personnes restent lors de la cession de l'entreprise.
 
01/4/2011.
Commentaire : Daniel Delafosse
  

00523

Les Meubles de Cuisine Bodez, rue de la Lys, Halluin.
 (photo n° 00523)
Ets Bodez... Historique de 1935 à 1995.
 
En 1935, M. Jean-Baptiste Bodez, s'installe rue Turbigo, dans un petit local en terre battue. Il est menuisier, il travaille seul, et se fait une clientèle dans le bâtiment.
Dès la sortie de l'école, ses deux fils, René et Lucien, travaillent avec leur père. La menuiserie progresse, le local devient trop petit : ils décident l'achat de locaux plus vastes, rue des Frères Martel, vers 1950.
 
Les affaires dans le bâtiment étant plus calmes en hiver, les fils réalisent des buffets, des tables et des chaises de cuisine en formica. Les piètements sont réalisés en tube chromé. Juste après la guerre, cette production est vendue ou échangée contre du charbon dans les cités minières.
En 1962, encoragés par le succès de cette fabrication, ils s'installent au 193, rue de la Lys (ancien tissage Baert). Petite étape, car en 1967, la société achète les bâtiments libérés par le peignage Vandeputte, rue de la Lys. Elle emploie environ 150 personnes et sa production principale est la cuisine.
Fidèle à la famille, en 1974, Pierre, fils de René, fait son entrée dans la société.
La Direction est toujours à l'affût des machines les plus perfectionnées : plaqueuse de chants entièremetn automatique, tournant à 25 mètre à la minute, une scie automatique à 8 lames, programmée, permettant de doubler le rythme de débit des panneaux.
En 1981, nouvelle étape : l'achat des bâtiments Lepoutre. Une nouvelle gamme est lancée : les meubles de cuisine en chêne, et en 1989, les meubles de collectivité.
29/3/2011.
 
Commentaire : Daniel Delafosse

05401

Ebénisterie de M. Henri Joncquiert (A gauche au premier plan),
 rue des écoles et rue de la paix, 24, Halluin.
   (photo n° 05401) 
 
Ebénisterie Henri Joncquiert - Bonte...
 Historique. 
 
 
Henri Joncquiert exploite une fabrique de meubles assez diversifiés, situés rue de la Paix.
 
Il ne fabrique pas de meubles en série, mais à la demande et au goût du client : chambres à coucher, salles à manger, commodes, porte-manteaux. C'est un artisan au service de sa clientèle avec quelques menuisiers, ébénistes et apprentis, dont certains plus tard, grâce à cette première expérience, s'installeront à leur compte. Son fils Charles est matelassier.
 
M. Henri Joncquiert est l'un des premiers à posséder une voiture, avec laquelle il effectue ses livraisons, mais il est très disponible pour rendre service dans son voisinage. Pendant la guerre, en mai 40, c'est avec une limousine chargée à bloc qu'il accompagne des familles qui désirent quitter la ville, dans la confusion du moment. Le danger immédiat étant écarté, c'est encore lui qui va les chercher.
 
Dans la maison de commerce, rue des Ecoles (actuelle rue Gustave Desmettre), sont exposées les meubles et Madame y tient une épicerie très achalandée. Une imposante motte de beurre en provenance directe de Normandie trône en permanence sur le comptoir, et d'un coup d'un seul, elle tranche une livre sans se tromper. Les ménages y trouvent tout : de leur ameublement jusqu'à la voiture d'enfants.
 
M. Henri Joncquiert cesse toute activité vers les années 50.
 
26/3/2011. 
Commentaire : Daniel Delafosse
 

05750

Ets Verkindère, bois en gros, rue de la Lys Halluin.  
 (photo n° 05750) 
 
Ets Verkindère et Ets Duprez...
Historique.
  
 
En 1899, M. Paul Verkindère crée son entreprise rue de la Lys. L'activité comprend un commerce de bois avec essentiellement l'importation de bois du Nord (sapin de Suède, de Finlande ou de Norvège) et de bois d'Amérique. Les bois de pays ne représentent qu'une faible activité.
 
Les Ets Verkindère réalisent le sciage des grumes, mais aussi la fabrication de pièces détachées pour fauteuils et chaises, des poulies en bois, du parquet, des moulures et des bois pour persiennes.
 
Puis survient la guerre de 1914-1918 ; une grande partie des bâtiments est détruite, le stock de bois et les machines sont pillés. En avril 1919, l'activité du négoce de bois reprend, puis en 1920 la scierie fonctionne de nouveau.
 
En 1928, la Société Verkindère devient la Société Gérard Duprez et Cie. Elle possède une succursale à Beuvry-les-Béthune.
 
En 1934, la société prend l'appellation "Sté Gérard et Roger Duprez".
 
Après la seconde guerre, les Ets Duprez, tout en continuant la scierie et le négoce de bois, commencent la commercialisation des panneaux : contre-plaqués, agglomérés de bois et de lin, puis les panneaux décoratifs et d'agencement (Formica) et ensuite les menuiseries industrialisées (bois, PVC, aluminium) et tous les autres matériaux.
 
La scierie s'arrête à Halluin en 1964. En 1965, une succursale est créée à Lille puis transférée à Lesquin en 1975. A cette époque 75 personnes travaillent dans l'entreprise.
 
En 1989, 90 ans après sa création, la société cesse ses activités à Halluin, celles-ci sont totalement transférées à Lesquin.
 
24/3/2011. 
Commentaire : Daniel Delafosse
 

02700

Ets Cyrille Gheysen et Fils,  254  rue de Lille Halluin.  
Au premier plan, M. et Mme Gheysen. 
A l'intérieur de la scierie, des arbres sèchent en plots.
         (photo n°02700) 
 
La Scierie Cyrille Gheysen et Fils... Historique. 
 
 
La scierie fondée par Cyrille Gheysen en 1892 est reprise par les fils Maurice et  Georges, avant la guerre de 1914. Malheureusement les bâtiments et les machines sont détruits en grande partie en 1918.
 
La scierie est reconstruite au début des années 20 sur un autre espace, plus vaste, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le lieu de culte islamique au Foyer Sonacotra.
 
Des exploitations forestières dans l'Aube, la Haute-Marne et la Somme approvisionnent la scierie en bois de chêne et de hêtre. Les arbres abattus sont ramenés à Halluin, sur ce qu'on appelle des triqueballes, tirés par de solides chevaux boulonnais, et plus tard par des tracteurs avec semi-remorques.
 
Sciés en plots, les bois sèchent des années à l'air, au vent, avant d'être livrés chez les fabricants de chaises et de meubles de la ville. Dans un arbre rien n'est perdu comme l'atteste la carte commerciale.
 
L'entreprise cesse ses activités à la retraite de Messieurs Georges et Maurice Gheysen, et l'espace est cédé pour la construction du Foyer Sonacotra, qui ouvrira ses portes le 1er octobre 1978.
 
22/3/2011. 
Commentaire : Daniel Delafosse
 

02716

La Direction, le Personnel et les Retraités  de "La Renaissance". 
Réception au Cercle Saint Joseph, rue de Lille Halluin.
   (photo n° 02716) 
 
La Chaiserie "La Renaissance"...
 Historique.
 
 
En 1926, M. Robert Desprez quitte son emploi pour fonder une chaiserie en collaboration avec quatre des ses amis, dont M. Alphonse Desplanque. Cette petite équipe achète un atelier rue Palestro (actuelle rue Félix Cadras) et fabrique des chaises cannées et des fauteuils Voltaire, première société à lancer ce modèle.
 
"La Renaissance" se développe. Vers les années 30, la société est transférée rue du Nord (actuelle rue Polydore Delaere). A  cette époque l'effectif atteint une quarantaine d'ouvriers : garnisseurs, machinistes, vernisseurs et couturières. La progression continue, mais un incendie détruit une partie des ateliers de couture et le stock de tissu. La Direction ne se décourage pas et achète une première partie des ateliers situés rue de Lille.
 
En 1946, M. Desprez est secondé par deux nouveaux cadres : M. Six son gendre, et M. Lierman. La production évolue : lits, commodes, armoires et table de chevet de style rustique et campagnard.
 
La société travaille également pour les collectivités ainsi que pour La Redoute et Damart. Cette évolution implique l'achat en 1959 d'un bâtiment rue Emile Zola. Cet atelier est occupé jusqu'en 1979.
 
En 1980, la gérance est assurée par M. Lestavel.
 
L'entreprise halluinoise ferme ses portes définitivement en 1992. 
 
18/3/2011. 
Commentaire : Daniel Delafosse 
 

04026

Les Meubles Pareit,  rue de Lille Halluin.  
 (photo n° 04026) 
 
La Chaiserie Pareit Frères... Historique. 
 
 
M. Gervais Pareit débute dans la profession comme garnisseur à la Renaissance, puis il s'installe rue Pasteur dans le bâtiment Vincent Lion, où il fabrique des divans.
 
En 1949, M. Gervais Pareit décide de s'associer avec son frère Charles, dans un petit atelier rue Gustave Desmettre. Les deux frères fabriquent des chaises. Peu à peu les commandes arrivent ; la chaiserie emploie des ponceurs, toupilleurs et garnisseurs.
 
Cet atelier devenant trop petit, une partie de la fabrication est transférée au 4, rue Emile Zola, La société Pareit Frères est dissoute en juillet 1951. M. Gervais Pareit dirige seul jusqu'en 1954. La chaiserie est reprise par M. Claude Provost.
 
En 1956, la société prend un nouveau tournant et s'installe au 1, route de Neuville "Au Caoutchouc" sous la dénomination "Ets Pareit Frères, sièges en tous genres".
 
Début 68, M. Charles Pareit aménage un nouveau bâtiment à Roncq. M. Gervais Pareit (1914 - 1991) et ses fils Jean (1943 - 2011) et Pierre (1946 - 1984), se diversifient vers la fabrication de cuisines, rue de Lille (Ancienne Brasserie Beylemans).
 
14/3/2011. 
Commentaire : Daniel Delafosse
 

00812

La Chaiserie Coopérative "La Sève".
  Constant Dehooghe (debout)  et Achille Knockaers. 
  (photo n° 00812)  
 

Halluin, Capitale de la Chaise...

 Historique. 

 

Halluin était connue pour la fabrication des meubles et, surtout, de la chaise. Ne disait-on pas, dans le temps, de la « chaise d’Halluin » comme on parlait de porcelaine de Limoges, ou de la soierie de Lyon.

 

Des 10 chaiseries existantes à Halluin au début du siècle ,aux quelques 20 vivantes en 1935, il n'en rreste guère dans la ville. Et pourtant la renommée de la chaise d'Halluin, solide, élégante, vernie au tampon, inusable, est largement répandue dans le Nord et les départements avoisinants.

 

Si la chaiserie tel que l’ont connue de vieux Halluinois, a presque totalement disparu, elle a su s’adapter au goût du jour, jusque dans les années 1990. Lorsque nos anciens Halluinois se rappellent de ce temps un peu avant la guerre 14-18 où, de bon matin, les rues s’animaient d’hommes, mais surtout des femmes, parfois aussi d’enfants de 10 à 13 ans, portant des chaises sur l’épaule, et se dirigeant vers l’une des nombreuses entreprises de chaises de la ville.

 

C’est en 1870 que l’artisanat de la chaise débute à Halluin, grâce à la proximité de la Belgique. Les scieurs le long de ce pays, se trouvant sans travail, à la suite de la suppression des forêts, viennent s’implanter particulièrement à Halluin et s’adonner au travail de la chaise.

 

C’est en 1877 que cet artisanat prendra vraiment son essor et se transformera rapidement en industrie. 

Avant la guerre de 1914 on comptera une quinzaine d’entreprises qui occuperont jusqu’à deux mille ouvriers dans de grands ateliers, et davantage encore de rempailleuses et canneuses à domicile.

 

Evoquons quelques noms qui sonnent encore familièrement aux oreilles des plus anciens ; 

La chaiserie Lévecque-Odou, rue des Ecoles (actuellement rue Gustave Desmettre), qui cessa son activité en 1912.

Les établissements Henri Vanheddeghem, Prosper Vanlerberghe qui avait des ateliers très importants et occupaient plus de cent rempailleuses.

Simono, rue Félix Cadras, à l’emplacement où se trouvait le « Lavoir automatic » et la chocolaterie Stéphane : Vanackère-Glorieux, Lemaire, Holvoet, Vandommele, Fouvez... et après la guerre : Bisbrouck, Casier, Delbaere, Edouard Dewailly,  reprise en 1923 par la Coopérative "La Sève", Geerlandt, Coboitex, les frères Scherpereel, Jérôme Dechaene, Julien Bonte, R. Deduytsche, A. Vanhoutte, les frères Boonaert… pendant que les anciennes chaiseries disparaissent.

 

Il ne faut pas oublier aussi les chaiseries qui sont réparties dans les différents hameaux et qui faisaient vivre une grande partie de la population de Menin et Halluin. Une majorité du personnel employé était belge.

 

Les descendants des Ets Vanackère-Glorieux, ont fait le récit de la chaiserie qui a été fondée avant le XXèe siècle. Il ressemble pour tout ce qui est la fabrication, à toutes autres chaiseries. La demande est énorme à l'époque, et les ateliers s'équipent en machines modernes : des scies à ruban, une toupie, une dégauchisseuse, une mortaiseuse, plusieurs tours à bois. L'alimentation du courant est produite par un moteur à gaz pauvre jusqu'à l'apparition de l'électricité.

 

Le bois fourni par les scieries halluinoises mais aussi acheté parfois à d'autres exploitants forestiers, sèche longtmeps sur le chantier. Une chaise n'est jamais fabriquée avec des bois humides. Les finesses - nom donné aux pailles de marais très fines - s'achètent en Belgique dans la région de Tournai et de Courtrai, ainsi que la paille qui les recouvre mais cette source s'étant tarie, ces finesses sont fournies par l'Italie.

 

La chaise demande beaucoup de soin depuis son assemblage jusqu'à sa finition. De nombreus modèles ont une certaine élégance. La chaise d'Halluin a une réputation excellente dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme. Mais les chaiseries de la Somme prennent de l'extension et viennent concurrencer directement la chaise d'Halluin, les salaires étant plus bas dans les campagnes. Il faut savoir que la main d'oeuvre entre pour plus de 50 % dans le produit fini. C'est certainement l'un des produits où la part de main-d'oeuvre est la plus élevée.

 

On dit qu'à l'époque il y eut des milliers d'ouvriers du bois dans ces chaiseries, dans les ateliers ou à domicile. Des ouvrières textiles racontent que le matin, dans ce défilé de gens qui partent au travail dans les filatures, les tissages et autres, on laisse le trottoir aux rempailleuses de chaises qui portent à bras trois chaises ou prie-Dieu avec leurs fournitures. On leur laisse toute la place. En règle générale une ouvrière rempaille trois chaises par jour ou réalise trois cannages. C'est un métier fatigant qui demande beaucoup de force musculaire, et l'apprentissage est très long pour réussir une chaise sur laquelle on soit bien assis, qui ne se défonce pas au bout de six mois. La chaise d'Halluin dure parfois toute une vie.

 

Le bois est une matière noble qu'il s'agisse de hêtre, de chêne ou de frêne. Il entre dans la fabrication des objets les plus essentiels à la vie du foyer : des chaises, des meubles pour ranger les vêtements et la vaisselle, des chambres à coucher. Les salaires sont plus élevés que dans le textile. Un grand nombre d'ouvriers sont frontaliers. Ils sont très qualifiés.

 

Pendant la grande guerre, le Nord et le Pas-de-Calais ont subi beaucoup de destructions : habitations, commerces, églises. Il faut reconstituer le mobilier. Ainsi au fur et à mesure que s'édifient des logements, des maisons d'habitation, avec l'afflux de la population belge qui s'installe définitivement à Halluin, les chaisiers et fabricants de meubles se multiplient. Des ouvriers s'installent à leur compte avec quelques machines à bois, quelques assembleurs et des rempailleuses. Chacun vit de son métier. Curieusement les catalogues présentent les mêmes modèles, ou presque. L'imprimeur n'en modifie que les numéros.

 

Une crise survient dans les années 30 : concurrence surtout de la Somme, de l'Aisne et du Cambrésis ; et peut-être aussi pendant un certain temps un tassement dans la construction de logements. Beaucoup de chaiseries sont frappées par cette crise.

 

 Après la guerre de 1939-1945, les modèles classiques commencent leur mutation. La clientèle a changé de goût. Elle préfère un style néo-moderne, ou au contraire rustique. La conception de modèles nouveaux nécessite beaucoup d'imagination. Certains fabricants ne peuvent pas suivre et disparaissent. Seuls ceux qui s'adpatent avec ingéniosité et talent aux ecigences de la clientèle, poursuivent leurs activités.

 

Le bois est noble, mais très cher. D'autres matériaux sont arrivés. Le tube, le plastique, le cuir, les tissus, des matières nouvelles, légères et solides, ont donné d'autres formes à la chaise d'autrefois qui avait traversé les siècles.

 

Saint-Paul est le patron des chaisiers. Sans doute fout-il choisi parce qu'au cours de ses voyages, il tressait des paniers dans les ports. Il disait souvent qu'il ne voulait être à la charge de personne, et travaillait donc de ses mains. Le 25 janvier est férié dans toutes les chaiseries. C'est la fête patronale.

 

Il n'est plus guère de fabricants dans la ville. Certains ont essayé de suivre et parfois même de précéder les goûts de la clientèle. Il faut beaucoup d'imagination pour surmonter les difficultés et garder sa réputation de qualité à la chaise d'Halluin. Il  en reste peu pour succéder à cette génération d'ouvriers et de patrons du bois, dont la noblesse du métier a fait la réputation de notre ville bien avant le siècle.

 

 Les Rempailleuses de Chaises...  

 

Les rempailleuses formaient la plus grande partie du personnel de cette industrie, elles travaillaient presque toutes à domicile. Certaines,  qui venaient de Belgique, louaient une pièce dans une maison et se rassemblaient à plusieurs (jusqu’à huit) pour se partager les frais de loyer.

 

Exercé par des familles de conditions modestes, le métier de rempailleuse n’était pas de tout repos. Il s’apprenait dès le plus jeune âge. Les enfants, les filles surtout, aidaient leur mère au retour de l’école et pendant les jours de congés.

 

A douze ans, l’apprentissage commençait vraiment, et à 13 ans, les filles étaient embauchées comme rempailleuses. Pour bien connaître son métier, il fallait assimiler les nombreux modèles tels que la chaise « Turque à barette », la « Demi-polka », la « Trois points » ou encore de la « chaise de style ».

 

Le métier était salissant, et la cuisine, où bien souvent la famille l’exerçait, n’était pas toujours bien rangée et ressemblait plus à une bergerie, avec ses tas de paille coupée amoncelés dans tous les coins. 

Peu rémunérateur, pourtant il constituait un appoint appréciable aux familles nombreuses de l’époque, qui ne connaissaient pas les allocations familiales.

 

Chaque matin, les rempailleuses portaient leur travail de la veille à l’entreprise qui les occupait, et en reprenaient de l’autre. On les rencontrait portant jusqu’à six chaises sur l’épaule , les « pailles » serrées dans une grande poche cousue au milieu du tablier, les bottes de paille des marais « La finesse » sous le bras resté libre.

Elles trottinaient le long des rues sans perdre de temps, l’ouvrage sollicité ne devait-il pas être terminé le soir même. L’on estimait qu’il était possible d’empailler trois chaises en sept heures et demie.

 

D’anciennes chaisières se plaignaient d’avoir mal aux hanches, tant elles ont porté de chaises dans leur jeunesse. 

Tout cela reste du souvenir de nos anciens, qui regrettent le temps où l’on travaillait tous ensemble, à la maison, en chantant bien souvent. Il n’existait pas de machine pour couvrir les voix. 

Temps dur et pourtant heureux, si proche encore et pourtant si loin.

 

Pour la petite histoire, en 1969, on fabriquait encore à Halluin, 350.000 chaises !

 

Les deux dernières chaiseries d’Halluin étaient : celle de « La Renaissance » qui fermera ses portes en 1992, et la chaiserie coopérative « La Sève » fondée en 1923 et dont la cessation survient fin septembre 1994.  Une grande page de l’Histoire industrielle de notre ville est tournée.

 

14/3/2011.

Commentaire : Daniel Delafosse

 

02735

M. Roger Boonaert, artisan chaisier, Route de Neuville,
avec une chaise de sa fabrication à la porte de son atelier.
   (photo n° 02735)
 
 
La Chaiserie Boonaert... Historique.
 
 
La Chaiserie Boonaert fut fondée en 1936 par M. Roger Boonaert et son frère René. Ils commencent dans un vieil atelier qu'ils louent dans la rue Palestro (actuelle rue Félix Cadras).
 
En plus des deux frères qui connaissent à fond leur métier, il y a un toupilleur, un garnisseur et un apprenti. Roger Boonaert fait de la représentation, afin de se faire connaître, avec une chaise démontée attachée sur sa bicyclette.
 
A près la guerre en 1949, il construit un grand atelier au 16, route de Neuville où travaillent une vingtaine d'ouvriers. Il crée lui-même ses modèles qu'il appelle : Elise, Jacques, Annie, Joëlle, etc... (correspondant aux prénoms de sa femme et de ses enfants).
 
Puis l'entreprise familiale est dirigée par ses gendres : Jean-Pierre Maes et Georges Delgrange. Ils ne fabriquent plus les chaises, mais ils teintent, vernissent et garnissent des sièges qui arrivent à l'état brut dans leur atelier.
 
Cet atelier a cessé son activité fin 1994.
 
6/3/2011.
Commentaire : Daniel Delafosse