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Mme Yolande Vanackère Résistante Halluinoise (au centre, pull blanc).

Les Médaillés et les services de l'ARAC, le 08 Mai 1987.

(Association Républicaine des Anciens Combattants d'Halluin).
(photo n° 5754)

 


La Libération d'Halluin - Septembre 1944 

Mémoire d’une intrépide résistante,

Madame Yolande Vanackère, veuve Graye. 

 

Madame Yolande Vanackere, veuve Graye, a hébergé des résistants durant la guerre. A plusieurs reprises, elle l’a  échappé belle ». Sans jamais éprouvé la moindre peur… Elle raconte quelques-uns des épisodes les plus marquants de cette époque. 

 En septembre 1994, dans son petit appartement de la résidence Jean Jaurès, Yolande effeuille les souvenirs. A 85 ans, celle qui pendant la période d’occupation, au côté de son mari d’alors et au sein du réseau « Bordeaux –Loupiac », Julien Vandekerckhove, multiplia les actes d’héroïsme sans que jamais la peur ne l’effleure, est toujours aussi vaillante. 

 

Bien sûr, la vue a baissé, mais Yolande sait comme personne retrouver une coupure de presse, une photo, simplement parce qu’elle sait bien où elle range les choses… Pour l’exposition du cinquantenaire de la Libération d’Halluin, qui se prépare dans les coulisses de la mairie, elle a écrit noir sur blanc les souvenirs des années noires. 

 

 

Récit :

 

« Sans être en contact avec une organisation de la Résistance, j’hébergeais en mars 43 M. Louis Belpaire, patriote belge recherché par la gestapo. Il était venu se réfugier chez sa tante Mme Vaes, chemin de Neuville, où une perquisition effectuée dans la maison voisine où habitaient mes parents. C’est alors que je l’ai logé chez moi. ..

 

Une lettre anonyme envoyée début octobre 41 à la kommandantur de Tourcoing m’accusait d’être membre d’une organisation d’intelligence avec les Anglais, dont le siège se trouvait au café Vauban, à Tourcoing. 

La lettre fut interceptée par le regretté Lucien Lamouche facteur, et remise à une organisation clandestine dont Fernand Cuvelier était membre. Ce dernier nous a prévenu de la dénonciation, et c’est ainsi que je suis rentrée en contact avec lui. Le 3 juin 1943, le 6 mars 44 et le 11 mai 1944, il s’est dit inquiété par la gestapo. Je l’ai hébergé trois fois ».

 

Les interventions ne s’arrêtent pas là… « En septembre 43,  j’hébergeais Wladimir Demeestere pendant quinze jours. Il était réfractaire. C’est Marcel Devriese (alias Robert) chef régional des F.T.P.F., qui l’amena chez moi.  

A partir de ce jour, je restais en contact avec ce mouvement de résistance. En septembre 43, les F.T.P.F. d’Halluin m’ont remis un patriote de Lille. Charles Jacquier (alias Charlot Lepers), qui y est resté cinq mois. 

Pendant son séjour, il amena à son tour Roger Gallez. Ce dernier fut abattu dans le combat par un gendarme français.

Dans le courant du mois de Février 44, deux patriotes d’Hirson, Noël et Roger, ont aussi été hébergés chez moi, par le biais de Marcel Devriese. 

 

Puis, à la suite d’une arrestation d’un chef de section patriote, un responsable de la résistance, Georges Dhalluin, durant huit jours. En mars, ce fut pendant quatre jours un chef régional politique échappé du camp de Doullens. Je ne puis dévoiler son nom… ». 

« Le 9 mai 1944, on m’apprit qu’un aviateur était parachuté dans un champ de colza. Dès que possible, muni d’habits civils et d’outils de jardinier, je m’y rendais et trouvais le sergent canadien du nom de Dicky d’Andréa.

Ayant l’oreille gauche arrachée, je le fis panser chez des gens sûrs. Puis, déguisé en jardinier, je le fis traverser les barrages allemands. Il resta chez moi trois mois, jusqu’au 27 juillet. 

Le docteur Henri Bolvin vint le soigner gratuitement (…). C’est de ce fait que je fus en liaison avec une organisation  halluinoise qui cherchait refuge pour les aviateurs alliés, les faire passer la frontière et les diriger vers l’Angleterre.

 

Cyrille Vaes et moi étions les deux principaux « agents » chargés de trouver ces refuges. Des patriotes assuraient le franchissement de la frontière avec l’aide de la douane française et de M. Paul Pille de Menin. 

Beaucoup ont accepté de les loger et de les nourrir, comme Mme Emma Saver-Knockaert, rue de la Gare, M. Leprête, rue de Lille, M. Alexandre Veyrié, rue Haute, Jules Debock, rue Traversière, Cyprien Nollet, rue de Lille, Julien Vandekerckhove… ». 

 

D’autres étaient chargés d’accueillir les aviateurs alliés à la frontière (suit une liste de noms), ainsi que les patronymes d’aviateurs canadiens, australiens, américains. Au total, onze militaires ont été sauvés pendant les premiers mois de 43 et le début de 44. 

« Le 30 juillet 44 », poursuit-elle « Cyrille Vaes m’amena un soir les deux aviateurs Roger Makeen, lieutenant canadien et Willard Horman,  américain. La même nuit, je les conduisais chez Mme Vansteenkiste, chemin du Billemont à Roncq ».

 

Commence alors une nouvelle phase

de la participation de Yolande à la Résistance…  

 

« En août 43, par l’intermédiaire de M. Oscar Joos, je découvris une imprimerie qui se mettait entièrement à la disposition de la Résistance d’Halluin. M. Léon Hermerel, rue de la Gare, imprima des tracts, affiches, circulaires, certificats et journaux pour le Nord et le Pas-de-Calais ». 

Le haut commandement défendit d’imprimer localement, afin d’éviter que la police française ou les Allemands ne découvrent cette arme clandestine. 

Des centaines de milliers d’imprimés furent envoyés par mes soins avec la messagerie Mestdag, à Halluin, qui n’était pas mise au courant, et à qui on laissait croire qu’il s’agissait d’un trafic de papiers entre Hermerel et moi. Je remettais un pourboire au convoyeur pour qu’il dissimule les colis au fond de la voiture.

 

Charles Jacquier était chargé de prendre livraison des colis au dépôt de Lille, à l’Auberge de l’Avenir, et les faire parvenir à leur véritable destination. Les colis portaient évidemment une fausse adresse. Pour éviter le va et vient de Lille à Halluin, et pour éviter les rafles, j’envoyais des télégrammes de connivence. 

Par exemple « je désire mon linge » ou le contraire : « je désire du papier. Ou « ma tante malade, téléphonez lui au 22.86 (contraire : envoie-moi 2.286 F pour les frais d’imprimerie… ».

 

En 43 et 44, les certificats de travail et carte d’identité délivrés aux réfractaires et patriotes furent munis du cachet au Bureau du commissariat par Louis Vaes, qui me les remettait. Le commissaire n’était pas au courant de ce manège. 

En 43, jusqu’à la Libération, j’ai pu obtenir par centaines les mêmes cartes d’identité du commissariat, grâce à Cyrille Vaes, agent de police qui pouvait se les procurer directement à l’imprimerie Dumortier où le commissaire les faisait imprimer.

 

« Pendant l’illégalité, j’ai aussi fabriqué une griffe de l’établissement Glorieux à Roubaix. Elle me servait à valider les certificats de travail. En plus, Oscar Joos et moi entrâmes dans le bureau des établissements Cibier à Petit Ronchin. 

Nous attendions le moment choisi pour y pénétrer lorsque s’y trouvait un seul employé. Nous demandions à voir le directeur qui se trouvait sur le chantier. Durant l’absence de l’employé, je cachetais une cinquantaine de certificats de travail pendant que Joss guettait. Nous l’avons fait deux fois avec succès. Par ce moyen, patriotes et réfractaires circulaient plus librement ».

 

Le 13 décembre 1946, à Tourcoing, Yolande Vanackere

est décorée par un officier Américain. Sa seule médaille, pendant 40 ans. 

 

Une vie pas rose, rose…

 

Yolande au eu le caractère forgé par une vie qui ne lui a épargné aucune difficulté. Et pourtant, ou peut-être en est-ce la conséquence, Yolande garde le sourire, et le souvenir très présent des années les plus dures. 

Ainsi va la vie. Certains naissent dans des berceaux dorés, d’autres pas. Yolande appartient à la seconde catégorie. A l’âge de dix ans, la fillette perd ses parents, et est placée en orphelinat près d’Yseghem. Un de ses jeunes frères (elle en a quatre) y mourra.

 

Elle se souvient aussi de sa fierté quand elle est allée chercher son certificat d’étude, première de toutes les candidates du canton. Elle ne l’aura d’ailleurs jamais en sa possession, puisqu’il demeurera dan le bureau de la directrice, dans un sous-verre. Seule la fierté demeure. 

Elle raconte aussi comment à 17 ans, elle s’est enfuie du couvent, puis a été employée dans une famille d’industriels tourquennois. Les enfants suivent les cours d’une préceptrice, « et je leur faisais répéter leur leçon. Comme cela, j’apprenais aussi ! Se réjouit-elle comme une enfant heureuse d’un bon tour… 

 

Un peu plus tard, elle rencontre son premier mari, Julien Vandekerckhove, et dans leur maison de la rue de l’Abbé Coulon, à côté de l’hospice du Mont, accueille des résistants et aviateurs alliés en fuite. « Dans un réduit caché sous l’escalier. Quand je voyais des Allemands arriver, je me grattais la tête. Cela voulait dire qu’il fallait vite courir s’y nicher »se souvient-elle.

 

Futée Yolande. Elle conseille à son mari de partir trois mois travailler en Allemagne, « pour être tranquille, faire semblant d’être bien avec les occupants et faire tout ce qu’on voulait derrière leur dos ensuite ». 

Il n’y a pas que des résistants qui ont coupé la fameuse cachette : Yolande y a aussi caché des stocks de l’ « Enchaîné », le journal clandestin du Parti communiste et des faux tampons qu’elle allait chercher à Tourcoing. 

Il y a aussi cette histoire que Yolande n’oubliera jamais : cette lettre de dénonciation qu’elle a longtemps cachée chez elle, derrière un compteur, pour échapper aux perquisitions avant de la confier à la Libération au comité d’épuration :

 

« C’est un postier de Tourcoing M. Lucien Lamouche, qui l’a interceptée. Elle était adressé à la Kommandatur et cela lui apparu suspect. Il l’a ouverte. On m’y accusait de cacher des résistants. Je sais bien qui est à l’origine de cette lettre. A la Libération, le comité n’a rien pu faire, la personne avait pris soin de ne pas l’écrire à la main »… confiait-elle le 8 mai 1986, alors qu’elle recevait, en mairie d’Halluin : 

 

La médaille de la Résistance et la Croix du Combattant volontaire…

  Un grand moment d’émotion ! 

 

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 Mme Yolande Vanackere, décorée le 8 Mai 1986,

en Mairie d'Halluin.

(Photo DD 12163  n° Img 168)

 

Mme Yolande Vanackere  veuve Graye résistante halluinoise au courage exemplaire, membre de l’ARACT, en 1994, cinquante ans après, presque non-voyante, évoque encore cette affaire, et si elle ne peut plus mettre des fleurs sur la tombe du postier, y pense toujours avec reconnaissance 

 

Elle décède six ans plus tard, en 2000, et repose au cimetière d’Halluin.

 

Voir aussi... cliquez ci-dessous : 

Libération Halluin 1944 : Récit Julien Vandekerckhove Commandant F.T.P.F (Yolande Vanackère raconte en 1994).

Résistance 39/45 - Halluin (Yolande Vanackère et la Médaille de la Résistance en 1986). 

 9/9/2010 - 5/9/2019

Commentaire et Photos : ARPHalluin - Presse - Daniel Delafosse